04/10/2005

Histoire de cul

RABELAIS -- Comment Grandgousier reconnut à l'invention d'un torche-cul la merveilleuse intelligence de Gargantua -Chapitre 13-


Sur la fin de la cinquième année, Grandgousier, retour de la défaite des Canarriens, vint voir son fils Gargantua. Alors il se réjouit comme pouvait le faire un tel père voyant qu'il avait un tel fils et, tout en l'embrassant et en l'étreignant, il lui posait toutes sortes de petites questions puériles. Et il but à qui mieux mieux avec lui et les gouvernantes auxquelles il demanda avec grand intérêt si, entre autres choses, elles l'avaient tenu propre et net. Ce à quoi Gargantua répondit qu'il s'y était pris de telle façon qu'il n'y avait pas dans tout le pays un garçon qui fût plus propre que lui.
"Comment celà? dit Grandgousier.
-J'ai découvert, répondit Gargantua, à la suite de longues et minutieuses recherches, un moyen de me torcher le cul. C'est le plus noble, le meilleur et le plus efficace qu'on ait jamais vu.
-Lequel? dit Grandgousier.
-C'est ce que je vais vous raconter à présent, dit Gargantua. Une fois, je me suis torché avec le cache-nez de velours d'une demoiselle, ce que je trouvai bon vu que sa douceur soyeuse me procura une bien grande volupté au fondement;
Une autre fois avec un chaperon de la même et le résultat fut identique;
Une autre fois avec un cache col;
Une autre fois avec les cache-oreilles d'un chaperon de satin de couleur vive, mais les dorures d'un tas de saloperies de perlettes qui l'ornaient m'écorchèrent tout le derrière. Que le feu saint Antoine brûle le trou du cul à l'orfèvre qui les a faites et à la demoiselle qui les portait.
Ce mal me passa comme je me torchai avec un bonnet de page, bien emplumé à la Suisse.
Puis alors que je fientais derrière un buisson, je trouvai un chat de mars et m'en torchai, mais ses griffes me déchirèrent tout le périnée.
Ce dont je me guéris le lendemain en me torchant avec les gants de ma mère, bien parfumés de berga-motte.
Puis je me torchai avec de la sauge, du fenouil, de l'aneth, de la marjolaine, des roses, des feuilles de courges, de choux, de bettes, de vigne, de guimauve, de bouillon-blanc (c'est l'écarlate au cul), de laitue et des feuilles d'épinards (tout ça m'a fait une belle jambe!), avec de la mercuriale, de la persicaire, des orties, de la consoude, mais j'en caguai du sang comme un lombard, ce dont je fus guéri en me torchant avec ma braguette.
Puis je me torchai avec les draps, les couvertures, les rideaux, avec un coussin, une carpette, un tapis de jeu, un torchon, une serviette, un mouchoir, un peignoir; tout celà me procura plus de plaisir que n'en ont les galeux quand on les étrille.
-C'est bien, dit Grandgousier, mais quel torche-cul trouvas-tu le meilleur?
-J'y arrivais, dit Gargantua; vous en saurez bientôt le fin mot. Je me torchai avec du foin, de la paille, de la bauduffe, de la bourre, de la laine, du papier. Mais

Toujours laisse aux couilles une amorce
Qui son cul sale de papier torche

-Quoi! dit Grandgousier, mon petit couillon, t'attaches-tu au moule, vu que tu rimes déja?
-Oui-da, mon roi, répondit Gargantua, je rime tant et plus et en rimant souvent je m'enrhume. Ecoutez ce que disent aux fienteurs les murs de nos cabinets:
Chieur
Foireux
Péteur
Breneux
Fécal
En cavale
Tu t'étales
Sur nous..
Répugnant,
Puant,
Dégouttant,
Le feu saint Antoine puisse te rôtir
Si tous
Tes trous
Béants
Tu ne torches avant de partir.

En voulez-vous un peu plus?
-Oui-da, répondi Grandgousier.
-Alors, dit Gargantua, voilà un rondeau:
En chiant l'autre jour j'ai flairé
L'impot que mon cul réclamait
J'espérais un autre bouquet.
Je fus bel et bien empesté.
Oh! Si l'on m'avait amené
Cette fille que j'attendais
En chiant,
J'aurais su lui accomoder
Son trou d'urine en bon goret;
Pendant ce temps ses doigts auraient
Mon trou de merde protegé,
En chiant.
Dites tout de suite que je n'y connais rien! par la mère de Dieu, ce n'est pas moi qui les ai composés, mais les ayant entendu réciter à ma grand-mère que vous voyez là, je les ai retenus en la gibecière de ma mémoire.
-Revenons à notre propos, dit Grandgousier.
-Lequel, dit Gargantua, chier?
-Non, dit Grandgousier, mais se torcher le cul.
-Mais, dit Gargantua, voulez-vous payer une barrique de vin breton si je vous dame le pion à ce propos?
-Oui assurément, dit Grandgousier.
-Il n'est pas besoin de se torcher le cul s'il n'y a pas de saletés, dit Gargantua. Il ne peut y avoir de saletés si l'on a pas chié. Donc, il nous faut chier avant que de nous torcher le cul!
-Oh! dit Grandgousier, que tu es plein de bon sens, mon petit bonhomme, un de ces jours je te ferai passer docteur en gai savoir, pardieu! Car tu es bien en avance pour ton âge. Allez, je t'en prie, poursuis ce propos torcheculatif. Et par ma barbe, au lieu d'une barrique, c'est cinquante feuillettes que tu auras, je veux dire des feuillettes de ce bon vin breton qui ne vient d'ailleurs pas en Bretagne, mais dans ce bon pays de Véron.
-Après, dit Gargantua, je me torchai avec un couvre-chef, un oreiller, une pantoufle, une gibecière, un panier (mais quel désagréable torche-cul!), puis avec un chapeau. Remarquez que parmi les chapeaux, les uns sont de feutre rasé, d'autres de taffetas. Le meilleur d'entre tous c'est celui à poil, car il absterge excellement la matière fécale. Puis je me torchai avec une poule, un coq, un poulet, la peau d'un veau, un lièvre, un pigeon, un cormoran, un sac d'avocat, une cagoule, une coiffe, un leurre.
Mais pour conclure, je dis et je maintiens qu'il n'y a pas de meilleur torche-cul qu'un oison bien duveteux, pourvu qu'on lui tienne la tête entre les jambes. Croyez-m'en sur l'honneur, vous ressentez au trou du cul une volupté mirifique, tant à cause de la douceur de ce duvet qu'à cause de la bonne chaleur de l'oison qui se communique facilement du boyau du cul et des autres intestins jusqu'à la région du coeur et à celle du cerveau. Ne croyez pas que la béatitude des héros et des demi-dieux qui sont aux Champs Elysées tienne à leur asphodèle, à leur ambroisie ou à leur nectar comme disent les vieilles de par ici. Elle tient, à mon avis, à ce qu'ils se torchent le cul avec un oison; c'est aussi l'opinion de Maître Jean d'Ecosse."

00:25 Écrit par Siam | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

texto svp Rabelais n'a jamais écrit ça. Texte original SVP. Un peu de respect pour le vieux Rab'. Ce n'est qu'une traduction! Pareil pour Alice, on veut la bonne traduction et le texte original.

Écrit par : lozanne | 27/06/2006

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